jeudi 31 mars 2016

Bilan de mes lectures de mars 2016

Un mois de mars riche en découvertes intéressantes









J'ai adoré 



  • Un roman lumineux sur un sujet grave :  Nuit de septembre d'Angélique Villeneuve avec un très gentil commentaire de l'auteur sur mon article.
  • Une fiction étourdissante d' Olivier Rolin : Véracruz
  • Un polar comme je les aime : Il reste la poussière de Sandrine Collette 


  J'ai beaucoup aimé



  • Une très belle écriture : Pour la peau d'Emmanuelle Richard
  • Une plongée dans la montée de l'intégrisme en Tunisie avec Ahlam de Marc Trévidic   
  • Un témoignage bouleversant : Maligne de Noémie Caillault



 J'ai bien aimé





Je n'ai pas aimé mais pourquoi pas 






Au programme d'avril :  


Des livres des rentrées littéraires de septembre et de janvier



et une BD

Bon mois d'avril et bonnes lectures...

mardi 29 mars 2016

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Céleste Ng




Date de parution : mars 2016 chez Sonatine
Nombre de pages : 277

Vivre sous le poids des rêves de ses parents 

Ce premier roman de Céleste Ng a eu un très gros succès au Etats-Unis en 2014.

"Lydia est morte. Mais ils ne le savent pas encore", nous sommes en 1977 et Lydia avait 16 ans.
Retrouvée noyée dans le lac proche du domicile de ses parents dans une petite ville de l'Ohio, il est impossible de déterminer s'il s'agit d'un suicide, d'un meurtre ou d'un accident. Elle s'est noyée de nuit, que faisait-elle dehors en pleine nuit, elle qui ne savait pas nager?

Ce n'est pas l'enquête policière qui va être au cœur de ce roman mais la famille de Lydia. Classé dans les polars, ce roman est plutôt pour moi un roman psychologique.
Le récit va être régulièrement entrecoupé de flash back pour nous raconter Lydia et sa famille. Son père James, d'origine chinoise, enseigne l'histoire des US à l'université, une manière pour lui de s'intégrer dans la société américaine.

Marilyn, la mère, cherche par tous les moyens à se distinguer, à avoir une autre vie que sa propre mère qui a mené une "vie triste et vide" de parfaite maîtresse de maison dont l'ultime ambition était de "tenir sa maison ", "Mari, enfants, maison, avec pour seule mission de maintenir le tout en ordre", sa mère enseignait les cours d'éducation ménagère.

Le mariage de Marylin avec un homme différent par ses origines va marquer sa rupture avec sa mère. A sa mort Marilyn se promettra de ne jamais finir comme elle et tentera de renouer avec son ambition de jeunesse : devenir médecin, objectif qu’elle avait abandonnée suite à son mariage. 

James et Marylin ont 3 enfants, Nath, Lydia et Hannah. C'est une famille sans amis qui vit en vase clos. Le frère ainé Nath est prêt à quitter la maison pour intégrer Harvard et Hannah, la jeune sœur de Lydia, âgée de 11 ans lors de la mort de sa sœur est particulièrement émouvante, complètement délaissée par sa famille, douée d'un sens de l'observation peu ordinaire et en quête constante d'affection et d'attention.  

Ce livre est l'histoire de parents qui transfèrent leurs rêves non accomplis sur leurs enfants, rêve d'intégration, rêve de se fondre dans la masse, de ne plus être vu comme différents, d'avoir des amis pour le père et rêve d'émancipation par la réussite scolaire puis professionnelle pour la mère.

Lydia, la préférée de James et de Marylin, va être le centre de l'univers de ses parents, le centre de tous leurs espoirs et de leurs exigences "Tout tournait en orbite autour d'elle", "Elle absorbe les rêves de ses parents". On va comprendre peu à peu pourquoi Lydia est prête à tout accepter en particulier de sa mère. Lydia va donc vivre tiraillée entre les exigences de ses deux parents : avoir des amis,  avoir de bonnes notes... 

C'est une famille qui vit au milieu de non-dits, de malentendus, une famille où on n'arrive pas à communiquer et où, par exemple, chacun va complètement s'isoler, s'enfermer dans sa douleur après le décès de Lydia. 

Ce premier roman tout en finesse est une très belle réussite, c'est un roman psychologique où la recherche de la vérité sur la mort de Lydia est remplie de suspense. L'auteur nous happe immédiatement avec cette histoire de famille, excelle dans l'expression des sentiments de chacun des personnages tous très bien campés et restitue à merveille l'atmosphère de racisme quotidien de l'Amérique de cette époque. 
Magnifique récit sur la différence et sur le poids des pressions familiales.
A lire absolument !

Les avis très enthousiastes de Nicole et de Clara


Citations
" Toute leur vie, Nath avait compris, mieux que personne, le lexique de leur famille, les choses qu'ils ne pouvaient jamais vraiment expliquer aux gens de l'extérieur : qu'un livre ou une robe n'étaient pas simplement quelque chose à lire ou à porter; que l'attention était accompagnée d'attentes qui - comme la neige - s'abattaient et s'accumulaient et vous broyaient sous leur poids."

" Enfin un cadeau qui en était un, pas un livre, quelque chose qu'elle voulait, pas quelque chose qu'ils voulaient pour elle. "

L'auteur 



Celeste Ng vit dans le Massachusetts. "Tout ce qu’on ne s’est jamais dit" est son premier roman.








22eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo


dans la catégorie PHRASE

dimanche 27 mars 2016

Chérie, je vais à Charlie de Maryse Wolinski



Date de parution : janvier 2016 au Seuil
Nombre de pages :144

De Maryse Wolinski j'avais lu il y a quelques années" Chambre à part" que j'avais bien aimé et j'ai eu envie de la retrouver avec ce récit lié aux attentats de Charlie Hebdo, tout en craignant un peu un récit trop intime qui me mette en position de voyeurisme. Fort heureusement, cela n'a pas été le cas, Maryse Wolinski fait un peu entrer le lecteur dans l’intimité de son couple mais ce n'est vraiment pas l'essentiel de son récit.

Maryse Wolinski commence son récit par ces mots “Mercredi 7 janvier.”, cette date qui a fait basculer sa vie en ôtant la vie à son mari, le dessinateur Georges Wolinski. Le livre porte d'ailleurs comme titre les derniers mots de George à son épouse.

Dans les premiers chapitres, Maryse Wolinski reconstitue à la minute près le déroulé de l'attaque contre les locaux de Charlie Hebdo. Le massacre est d'abord vu par le biais de témoins comme le personnel du théâtre de la Comédie-Bastille, situé à proximité des locaux du journal satirique. Puis, ce seront les témoignages des "survivants" qui ont vécu l'attaque à l'intérieur des locaux, Sigolène Vinson, la dessinatrice Coco... "Que se passe-t-il dans la tête de Coco, kalachnikov sur la tempe, sommée de conduire ce qu’elle comprend être des terroristes dans les locaux du journal, alors qu’elle est censée aller tout à l’heure chercher son enfant à la crèche ? Sans doute une terrible confusion qu’elle gardera secrète parce que, par pudeur, on ne lui a pas posé la question.

Elle nous décrit ensuite les sentiments par lesquels elle est passée, tristesse, déni puis colère, révolte et volonté de comprendre ce qui a pu amener à cette tragédie. Elle s’interroge, par exemple, sur le faible niveau de sécurité du nouvel immeuble de la rédaction et sur la faiblesse des effectifs pour les protéger, malgré les nombreuses menaces reçues.  Elle souligne les failles dans la sécurité et l'inefficacité des policiers face aux attaques terroristes : “Aujourd’hui, malgré les menaces, les policiers français de base, qui ne relèvent ni du GIGN, ni du Raid, ni de la BRI, ne sont pas en état de répondre à la menace terroriste.”

Elle évoque également  les tensions au sein de l'équipe de Charlie Hebdo, entre Wolinski, nostalgique du Charlie de l'époque Cavanna et les nouveaux dont Charb qui ne partageaient pas toujours les mêmes objectifs. Charb partisan de traiter l'actualité politique et Wolsinski désireux d'échapper, à Charlie, à l'actualité, qu'il traitait par ailleurs dans d'autres journaux. "L'ambiance fraternelle et rigolarde de l'ancien Charlie lui manquait".

Maryse Wolinski parle également de l'après 7 janvier, de "l'élan fraternel du 11 janvier", de la difficulté pour les survivants d'écrire et de dessiner à nouveau, de l’arrivée en masse de l’argent, grâce au numéro des survivants ou aux nombreux dons, de l'arrivée surprenante de nouvelles têtes comme celle d’une directrice de communication “star des stars de la com", embauchée “afin de gérer le trop grand nombre de demandes d’interviews”.

Un récit d'une femme déchirée qui mêle travail journalistique et travail littéraire et qui synthétise bien tout ce qu'on a pu lire ou entendre sur cette tragédie. 


Citations
"N'oublions jamais que depuis Rabelais, en passant par Voltaire, la France est le pays de l'impertinence " 

"Mon chagrin demeurerait infini, il ferait désormais partie de moi, mais ne m'empêcherait pas de vivre"


L'auteur



Maryse Wolinski, née en 1946, est journaliste, écrivain, parolière et scénariste. Elle est l’auteur de nombreux romans.








 Lu du même auteur













21eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo


dans la catégorie LETTRE ISOLEE

jeudi 24 mars 2016

Il reste la poussière de Sandrine Collette


Date de parution : janvier 2016 chez Denoël
Nombre de pages : 304

Huis-clos familial en Patagonie

Sandrine Colette se concentre sur des univers ruraux souvent claustrophobes, après les montagnes enneigées de son dernier roman , "Six fourmis blanches", ce nouveau roman ne déroge pas à la règle.
Nous sommes ici dans un roman de Nature Writing qui se découle en Patagonie argentine, dans les espaces infinis d'une steppe aride balayée par le vent, une sorte de western noir.

Une mère et ses 4 fils vivent en huis clos dans une ferme isolée au milieu de terres brûlées par le vent et la sécheresse. C'est un monde rude où chacun doit travailler durement pour survivre de la tonte des moutons et de la viande des bovins pour lutter contre l'expansion des élevages intensifs. "Une vie de misère plombée par le travail et les terres arides" mais surtout un monde où domine une violence infinie, violence de la mère envers ses enfants qui ne sont qu'une force de travail pour elle,  "Tout est sauvage et animal, jusqu'au regard qu'elle porte sur eux", violence des deux aînés, les jumeaux envers les plus jeunes, Esteban "le débile" et surtout Rafaël "le petit"; "Les aînés cognent, commandent et humilient". Le père, quant à lui, a disparu il y a de nombreuses années. 
Une mère silencieuse et un monde sans paroles, sans attention et sans amour.

Rafaël, le plus jeune, traqué et malmené par ses aînés, trouve auprès des moutons, des trois chiens et de son cheval le réconfort et la tendresse qui lui manquent. Mais un jour, alors qu'un des deux jumeaux a déjà dû quitter la ferme, Rafaël ramène à l'estancia une sacoche contenant un venin qui va les rendre fous...

L'auteur a choisi de raconter cette histoire en donnant à chaque chapitre le point de vue de l'un des membres de cette famille, ce qui impulse un rythme intéressant au récit.

Sandrine Collette excelle dans la description des grands espaces mais aussi dans la mise en ambiance des relations familiales dans une atmosphère de huis-clos étouffant. Elle brosse le portrait de personnages aux caractères bien tranchés et son amour des chevaux transpire à chaque page.
Le rythme est lent mais sans jamais provoquer l'ennui. La nature est sublimement décrite dans ce roman d'ambiance au titre et à la couverture très bien choisies.

L'avis de Laure et de Tiben

L'auteur
Sandrine Collette, née en 1970, est docteur en science politique.

Elle partage sa vie entre l’université de Nanterre et son élevage de chevaux dans le Morvan.

Il obtient le Grand Prix de littérature policière 2013 pour  "Des nœuds d’acier", son premier roman.






Lu du même auteur




Pour accéder à ma chronique, cliquer ici








20eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo


dans la catégorie COULEUR

mercredi 23 mars 2016

Nuit de septembre d'Angélique Villeneuve


Date de parution : mars 2016 chez Grasset
Nombre de pages : 153

Orpheline d’enfant, ça ne se dit pas. Rien dans la langue française ne dit ce que tu es.

« Une nuit, ton fils s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé. »

Angélique Villeneuve, en employant le « tu » tout au long de son récit, nous raconte dans ce court témoignage "l'après" qui a suivi le suicide de son fils de 21 ans.

Elle décrit d'abord son état de choc, un état de "stupeur en mouvement", puis sa volonté de "garder le cap", sa volonté que cette mort choisie ne soit pas entourée de silence et de secret, la sensation qu'elle éprouve du poing serré de son fils au dessus de sa hanche, "là où se trouve ce qui reste de ton fils".
Elle évoque l’impérieuse nécessité qu'elle a de passer des moments dans la chambre de son fils, de s'entourer d'objets lui ayant appartenu : son téléphone portable, des morceaux de savon, un caleçon...et du réconfort qu'elle trouve auprès des arbres.

Elle nous parle de son impossibilité de pleurer "tu as fait ce qu'il fallait faire mais pleurer, avant la nuit, non, ça tu n'as pas pu" puis de ses efforts pour pouvoir enfin libérer ses pleurs, de la douceur des moments où elle y parvient en écoutant des chansons d'amour, elle parle du "plaisir de pleurer", des pleurs qui finalement viendront naturellement quand son corps sera terrassé par une sorte de grippe. Certainement un des passages les plus émouvants...

Angélique Villeneuve nous relate également les réactions de son entourage, sa peur de faire peur, d'être isolée, les gens qui l'évitent, les phrases toutes faites que certains lui disent et le "rictus désolé et rassurant qu'elle a appris à se composer", le bien que çà lui fait de voir les enfants des autres alors que "Ces autres.... Ils te demandent pardon de leurs enfants vivants".

Elle évoque à demi mot son mari et ses deux filles avec une grande pudeur, une grande intelligence.

Ce témoignage très intime, sincère, constitué de chapitres courts d'une rare intensité, est lumineux et bouleversant. Il est empreint de pudeur et de dignité, sans aucun apitoiement sur son sort et surtout sans aucun jugement sur le geste de son fils dont elle respecte le choix, la question du pourquoi n'est jamais posée. Elle préfère se centrer sur tout ce que son fils lui a apporté.
Pour couronner le tout, l'écriture est sublime, extrêmement douce et poétique me donnant très envie de lire les précédents romans d'Angélique Villeneuve.

Voici ce que dit Angélique Villeneuve à propos de son livre : "L'écriture de ce texte est sûrement un baume mais je ne l'ai pas écrit que pour moi, mais aussi et surtout pour le lecteur. Pour que le baume transparaisse et coule aussi sur le lecteur. J'écris sur des femmes ordinaires qui répondent à des histoires extraordinaires qui cherchent la lumière dans le noir. Qui tiennent debout. Mon travail d'écriture va vers la lumière."

Clara, Cathulu et Antigone ont été autant bouleversées que moi. 

Merci à Zélie et aux Éditions Grasset pour cette belle découverte.


Citations
"Au-dedans, la main nouée d'un jeune homme de vingt et un ans t'accompagne dorénavant.
Cette main comprime un invisible nid de tendons, de ressorts enragés dont tu ignores si un jour, à force d'efforts et de jours, ils auront fondu et sauront flotter, calmes, là, juste au dessus de l'os de ta hanche."

"Voilà qu'on te l'accorde enfin, la mot qui te nomme, toi, avec le poing serré au milieu du corps. Tu es shakoula, et son père est shakoul, tu existes en hébreu, vous existez tous les deux, quelque part.

"Ce dont, à la rigueur, tu es capable, c'est de faire. Faire au lieu d'être, faire pour essayer d'être."

L'auteur

Angélique Villeneuve, née en 1965, a vécu en Suède et en Inde et réside en banlieue parisienne aujourd'hui. Elle est styliste culinaire dans divers magazines et romancière.

Auteur pour adultes, elle essaie  de s'adresser à la jeunesse au début des années 2010 avec "A la recherche du paon perdu". 





19ème contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo

Catégorie COULEUR

 

mardi 22 mars 2016

Prix Orange du livre 2016 - Première sélection


Vingt-huit titres français de la rentrée littéraire d'hiver 2016 sont en lice pour ce prix dont la sélection est réalisée par des auteurs, des libraires et des lecteurs.
La première sélection du Prix Orange du livre 2016 a été dévoilée lundi 21 mars
C'est la 8e édition de ce prix. 
Le jury 2016, présidé par Erik Orsenna, se compose ainsi des auteurs Fanny Chiarello, lauréate 2015, Emilie de Turckheim, et Philippe Jaenada, du comédien et réalisateur Hippolyte Girardot, des libraires Nathalie Iris (Mots en marge, La Garenne-Colombes) et Corinne Dalloz (Librairie polinoise, Poligny) et de sept lecteurs passionnés. 
Il se réunira à nouveau le 2 mai pour établir la liste des cinq romans finalistes. Enfin, du 4 au 29 mai, les internautes voteront pour leur livre favori sur le site lecteurs.com , avant une remise le 9 juin.

Plusieurs premiers romans sont sélectionnés : le déjà multiprimé Olivier Bourdeaut avec En attendant Bojangles, mais aussi l'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic avec Ahlam ou Catherine Poulain avec son très remarqué Le grand marin.

Les 28 romans en lice :
  • Claire Barré, Phrères
  • Lucile Bordes, 86, année blanche
  • David Bosc, Mourir et puis sauter sur son cheval
  • Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles
  • Virginie Carton, La veillée
  • Laurence Cossé, La grande arche
  • Franck Courtès, Sur une majeure partie de la France
  • Nicolas Delesalle, Le goût du large
  • Christian Garcin, Les vies multiples de Jérémiah Reynolds
  • Nathalie Gendrot, Le monde sensible
  • Gaëlle Josse, L'ombre de nos nuits
  • Jean-Yves Jouannais, La bibliothèque de Hans Reiter
  • Julia Kerninon, Le dernier amour d'Attila Kiss
  • Pascale Kramer, Autopsie d'un père
  • Céline Lapertot, Des femmes qui dansent sous les bombes
  • Camille Laurens, Celle que vous croyez
  • Olga Lossky, Le revers de la médaille
  • Bénédicte des Mazery, Les oiseaux de passage
  • Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs
  • Xavier de Moulins, Charles Draper
  • Marie Nimier, La plage
  • Sylvain Pattieu, Et que celui qui a soif vienne
  • Catherine Poulain, Le grand marin
  • Emmanuel Régniez, Notre château
  • Emmanuelle Richard, Pour la peau
  • Corinne Royer, Et leurs baisers au loin les suivent
  • Karine Silla, Autour du soleil
  • Marc Trevidic, Ahlam

Palmarès des années précédentes 
2015 : Fanny Chiarello  pour Dans son propre rôle  
2014 : Maylis de Kérangal pour Réparer les vivants
2013 : Émilie Frèche pour Deux étrangers
2012 : Arthur Dreyfus pour Belle Famille
2011 : David Thomas pour Un silence de clairière
2010 : Jacques Gélat pour Le Traducteur amoureux
2009 : Fabrice Humbert pour L'Origine de la violence


vendredi 18 mars 2016

Véracruz d'Olivier Rolin


Date de parution : janvier 2016 chez Verdier
Nombre de pages : 120

Du grand Rolin !

« Un jour de juin 1990, j’attendais au bar El Ideal, calle Morelos, une jeune chanteuse cubaine qui ne vint jamais… Une pluie furieuse, que le vent tordait comme une serpillière sale, battait Veracruz. » 
Le narrateur, assis au bar El Ideal à Veracruz, attend et raconte sa rencontre avec une jeune cubaine Dariana. Cette rencontre a eu lieu vingt-cinq ans plus tôt à Véracruz alors qu'il s'était rendu au Mexique pour donner une conférence sur Proust. 
C’est à la fin d’une soirée tequila qu'il fit sa connaissance de cette femme belle et mystérieuse, s'ensuivit une grande passion « C’était un amour-faucon. Surprise et rapidité étaient sa loi. » mais Dariana disparut brutalement un jour le laissant complètement sonné.

Un jour, alors qu'il se perd dans ses souvenirs et dans l'alcool, il reçoit par la poste une enveloppe contenant quatre récits. Qui les envoie? Dariana ? Pourquoi ?

Avec ces quatre récits, Olivier Rolin nous plonge dans un puissant drame en quatre actes. Les voix d'Ignace, Miller, El Griego et Suzana, s’enchaînent dans un huis-clos étouffant dans un palais décadent dans la ville de Véracruz plongée dans l'anxiété et la torpeur qui précèdent l'arrivée d'un cyclone.
Quatre monologues qui racontent une même situation du point de vue des quatre personnages reclus dans ce palais. Trois hommes vivent autour de la belle Suzana qu'ils contemplent, ivres de désir. Ignace, un jésuite défroqué, employé de Suzana qu'il convoite; Miller, son mari, un truand notoire d'une brutalité bestiale et El Griego, son père, qui vit dans l'ombre et se souvient de la relation incestueuse qu'il a eue avec elle et qu'il rêve de revivre. Enfin, Suzana parle la dernière, crachant son désir de vengeance, « Me farder moi de leur sang, y tremper mes mains, mes mains si fines, aux doigts qui se recourbent comme des arcs, comme des dards de scorpions, me maquiller d’écarlate, me parer de leur vie finie, me souiller de leur mort, m’ont-ils assez souillée. » .

Ces quatre récits brefs, intenses et terriblement sombres vibrent de tension, de violence et de fureur, ils semblent préluder à une catastrophe imminente. Ils offrent un contraste saisissant par leur noirceur avec les chapitres lumineux où le narrateur se souvient de Dariana.

Comment ne pas imaginer que Dariana se trouve derrière ces récits ? De quel message ce cadeau est-il porteur ? Olivier Rolin ne nous donnera pas la réponse, il nous livre plutôt une belle réflexion sur la littérature...
« Nous voulons toujours que tout ait un sens…. Nous nous épuisons à ce rêve de maîtrise au lieu de vivre tout simplement… Le monde se joue aux dés à chaque instant. Il est un kaléidoscope dont les éclats colorés se recomposent pour former de nouvelles figures. »
« Nous voulons que le temps aille sans jamais se retourner, que les événements s'enchaînent, que les livres aient un plan, une signification cachée, l'histoire une fin ... D'où tient-on qu'il y a toujours des causes ? Pourquoi toutes choses au monde doivent-elles être cause ou effet? "

Ce court texte d’une beauté époustouflante, à l'écriture dense et lyrique et à la structure ouverte surprend à chaque chapitre. 
A lire et à relire

C'est le billet de Delphine qui m'a donné envie.


Citations
"Ce serait avoir une idée bien simpliste de la littérature que de penser qu'elle reflète sans détour, sans malice, la personnalité de l'écrivain ... La littérature est une tromperie sans fin."


L'auteur
Olivier Jean Rolin est né en 1947 au Sénégal. Il a un frère, Jean Rolin, lui aussi écrivain.
Il sera quelques temps journaliste (Libération, Le Nouvel Observateur), puis se lancera dans l'édition (Le Seuil).

Il a obtenu le prix Femina pour "Port-Soudan" en 1994, le Prix France Culture pour "Tigre en papier" en 2003 et le prix du Style en 2014.

Il sera, pendant cinq ans le compagnon de Jane Birkin.




18eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo



Catégorie LIEU

mercredi 16 mars 2016

Maligne de Noémie Caillault

Date de parution : février 2016 chez Payot
Nombre de pages : 93

Le rire contre le cancer

Noémie Caillault nous raconte dans ce court témoignage son combat contre le cancer du sein que les médecins lui ont détecté à l'âge de 27 ans. 

Avec beaucoup de drôlerie et de dérision elle évoque les étapes de ce parcours qui, pour "un petit cancer" pour lequel les médecins lui répètent tous "à priori ce n'est pas grave", aura quand même duré 3 ans...

Tout y passe : l'annonce, le prélèvement d'ovocytes pour d'éventuelles FIV si la chimiothérapie fait trop de dégâts, le recours à un acupuncteur, la crainte de la chute des cheveux, les essais de perruque, le casque réfrigérant pour éviter cette chute, la chute des ongles, des cils, l'angoisse de l'ablation du sein, les tatouages avant la radiothérapie, la fatigue du trajet pour des séances de rayons de 5 minutes, les relations avec les hommes, "Sentir que je lui plaisais, dans ces circonstances, a été très jouissif. Son regard sur moi, c'était comme un doigt d'honneur à la maladie. Une caresse dont j'avais justement besoin...", "Avec mon cathéter qui me défonce la poitrine, une sécheresse vaginale et une tumeur dans le sein, ça reste très cadré comme abandon..."

Elle évoque aussi les réactions, les regards compatissants et les multiples maladresses de son entourage, "Quand on est malade, pour certains, il y a cette idée, étrange, que nous sommes un réceptacle à histoires pourries". L'attitude de sa mère, "ma mère, la diplomatie d'un dictateur et la délicatesse d'un ours", le décalage avec les autres à la fin du traitement, les autres pour qui son cancer est maintenant du passé et ne comprennent pas sa fatigue.

Être victime d'un cancer conduit aussi à dépenser sans compter "La peur de mourir a eu un effet néfaste sur mes finances... Vous avez déjà vu un coffre-fort suivre un corbillard?" mais aussi à se voir refuser une demande de prêt pour un achat immobilier.

Noémie Caillault termine son récit par un amusant Guide Michelin des hôpitaux parisiens dans lesquels elle a été soignée et surtout par un dernier chapitre où elle liste ce que cette épreuve aura changé dans sa vision de la vie.

Toutes les personnes qui ont traversé les mêmes galères que Noémie, ne pourront qu'apprécier la justesse de son récit...

Un texte fort raconté sur un ton plein d'humour sans aucun pathos, sans aucun jugement sur les médecins et son entourage, un récit ponctué de jolis dialogues avec Max, sa petite voix intérieure. Il émane de cette femme combative et énergique un formidable amour de la vie.

Noémie Caillault, jeune comédienne, a puisé dans sa lutte l'inspiration pour mettre en scène son histoire au théâtre de la Pépinière à Paris et au festival d’Avignon. Un spectacle à ne pas manquer car il semble aussi réussi que son livre, un spectacle qui doit certainement fournir encore plus d'émotion.


Citations
"Y croire !? Voilà, c'est ça !!! C'est une entrée en religion, avoir un cancer. Faut avoir la foi. En quoi? En dieu Guérison, surtout, même si c'est une religion polythéiste, il y aussi le dieu traitement et le dieu Médicament, qui ont tous comme représentant le clergé en blouse blanche..."

"Désormais, ma vie, c'est chimio, boulot, dodo."

"La personne qui a choisi d'appeler ça "tu-meur" aurait bien fait d'attendre d'avoir fini son analyse lacanienne, parce qu'elle ne nous a pas rendu service sur ce coup-là!"


L'auteur 

Née en 1984, Noémie Caillault découvre le théâtre grâce à la troupe Les croq'planches avec laquelle elle jouera une dizaine d'années.

Son cancer du sein sera le sujet de son premier texte de théâtre.
« Maligne » est un monologue autobiographique à l'humour bien trempé malgré la gravité du sujet. La comédienne, nouvellement auteur, monte sur scène pour interpréter son propre texte, sous la direction de Morgan Perez. Ce premier seul en scène est joué à la Pépinière Théâtre.



17eme contribution au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo

mardi 15 mars 2016

Citations du mois


J'ai toujours aimé noter des citations trouvées dans mes lectures, je recopie, je surligne en numérique...

J'ai décidé d'en faire apparaitre quelques unes dans ce blog sous forme d'un rendez-vous mensuel, le 15 de chaque mois.


" Notre vie n'est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l'unique exemplaire d'un livre, pour certains d'entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d'une écriture sage et appliquée, pour d'autres d'un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d'autres plus ou moins raturés , plein de  reprises et de repentirs"

"Le cancer s'était glissé dans l'interstice que l'amour avait laissé libre. 
Eugène étai mort de ne plus aimer et de ne pas être aimé"

"De nos jours on cherche à tout prix à mourir beaux. 
Cela ne nous empêche pas de mourir souffrants et amers"


"J'ai lu quelque part que la cinquantaine est la vieillesse de la jeunesse, et que la soixantaine est la jeunesse de la vieillesse" 
 
  Philippe Claudel - L'arbre du pays Toraja


"J'aimais sa présence. Elle s'accommodait de mon absence."
Olivier Adam - La renverse


"Les personnes détestées finissent toujours par être détestables, c'est connu"
  Édouard Louis - Histoire de la violence


"Ce qui est écrit témoigne. On écrit pour garder la preuve, c'est tout. 
Les livres sont faits de ces souvenirs qui s'entassent 
comme les feuilles d'arbre deviennent la terre. Des pages d'humus."
Camille Laurens - Celle que vous croyez


lundi 14 mars 2016

Grand prix RTL-Lire 2016 - Mon palmares personnel

Voici un prix dont j'aime bien suivre la sélection car j'y puise très souvent des idées de lectures intéressantes.


Grand_Prix_RTL_Lire_2015.jpg 












J'ai lu les 5 livres de la dernière sélection que j'ai trouvé excellente.

En attendant l'annonce du lauréat de ce prix lors du Salon du livre de Paris, voici mon classement personnel






En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut, un premier roman magique, une vraie pépite.



Ahlam de Marc Trévidic, un premier roman qui décortique la montée de l'intégrisme en Tunisie. 
                                         Pour la peau d'Emmanuelle Richard, une écriture sublime pour parler de la passion amoureuse.




L'autre Joseph de Kéthévane Davrichewy sur les destins de deux hommes hors du commun.




Les vies multiples de Jérémiah Reynolds de Christian Garcin, un roman dans lequel je n'ai pas réussi à rentrer.

C'est donc encore Olivier Bourdeaut que personnellement je classe en tête de cette belle liste



En 2015 le prix a été décerné à Léonor de Récondo pour Amours , les cinq finalistes étaient :

Le palmarès des années précédentes
2014 : Réparer les vivants de Maylis de Kérangal
2013 : Profanes de Jeanne Benameur
2012 : En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle
2011 : La fortune de Sila de Fabrice Humbert
2010 : Ru de Kim Thuy
2009 : Des vents contraires d'Olivier Adam