mercredi 12 octobre 2016

Repose-toi sur moi de Serge Joncour

Date de parution : 17 août 2016 chez Flammarion
Nombre de pages : 431 

Une rencontre improbable

A la mort de sa femme Mathilde, Ludovic 46 ans, a quitté la vallée du Célé en Corrèze où il était agriculteur. Cet ancien rugbyman vit depuis deux ans à Paris où il s'occupe de recouvrement de dettes à domicile, "Il récupère l'argent de gens qui en ont vraiment besoin, chez des gens qui en ont encore plus besoin". Cet homme parait brut de décoffrage mais sait faire preuve de psychologie dans son métier qui l’écœure parfois.
 "Plus le débiteur doit d'argent, et moins il se laisse impressionner. Comme si les plus faibles étaient les plus scrupuleux, les plus honteux, moins ils devaient d'argent et plus ils en souffraient."
Ludovic, 1,95 m et 102 kgs, renvoie une image de force, il en impose "Une force pure, cette force n'était pas de celles que l'on acquiert par un statut ou une envergure sociale, non, sa force à lui, elle était simple, humaine, propre."

Cet homme est un bloc de sang-froid, un doux géant extrêmement bienveillant.
Il habite dans l'escalier C d'un immeuble sur cour, dans la partie délabrée de l'immeuble. L'escalier A dessert la partie chic avec ses beaux et grands appartements. 

Aurore est une bourgeoise qui vit dans l'escalier A dans un immense appartement tout blanc situé face aux fenêtres de Ludovic. Richard, son mari, est un homme qui a réussi et qui vit le téléphone collé à l'oreille et pense au travail 24h sur 24. Vivent avec eux le beau-fils adolescent d'Aurore et leurs jumeaux de 6 ans Iris et Noé. 
Parisienne, styliste de mode, Aurore vit d'importantes difficultés professionnelles dont elle ne peut pas en parler à son mari pour qui la réussite professionnelle prime sur tout, elle ne veut pas lui montrer' sa faiblesse. Elle se sent coupable de ses échecs face à son mari qui réussit tout et se sent seule sans amie à qui se confier. De plus elle soupçonne son ami et associé de travailler à sa perte derrière son dos, Aurore veut fabriquer ses vêtements en France alors que son associé ne pense que délocalisation. Aurore a de plus ne plus de mal à supporter ce monde du business, ce milieu où on t'encense mais où on te lâche à la première faiblesse, elle veut juste créer des vêtements...

C'est donc une Aurore stressée par ses soucis professionnels et fatiguée d'être celle sur qui tout le monde se repose qui va faire la rencontre d'un Ludovic qui va être la seule personne à comprendre sa phobie des corneilles qui envahissent leur cour. Il va voler à son secours en tuant ces volatiles qui  l'effraient tant.

C'est la rencontre de deux êtres que tout sépare mais une rencontre qui se produit à un moment clé de leur vie. Aurore va découvrir en Ludovic un homme qui écoute sans juger et elle va se confier à lui alors qu'elle ne se confie jamais à personne, un homme qui donne. Ludovic est en fait le parfait opposé de son mari.

Aurore aime en Ludovic sa force, son invulnérabilité. Quant à Ludovic il n'a que sa force à offrir à Aurore qu'il veut sauver alors qu'il n'a pas pu sauver sa femme.

Ludovic est un roc, il est impossible de ne pas y superposer l'image de Serge Joncour quand on a eu la chance de le rencontrer et de l'entendre... Serge Joncour dit avoir pris son immeuble pour décor et avoir eu l'idée de ce roman en étant invité par des voisins dans l'immeuble en face du sien, dans un appartement d'où il pouvait voir son propre logement.

C'est un livre qui parle de la ville, de la banlieue où Ludovic va faire ses recouvrements, de la campagne où il retrouve régulièrement sa famille, du monde avec les projets de mondialisation de la société d'Aurore.

Ce roman est délicat et sensible, il comprend des moments de tension, de beaux passages sur la solitude et sur le complexe de classe que ressent Ludovic et de magnifiques citations sur le sentiment amoureux. J'ai aimé l'histoire mais j'ai surtout aimé le personnage de Ludovic, un homme sain, vrai et solide même si peu à peu on découvre ses fragilités. Un homme terriblement émouvant.
Le titre est magnifique, Aurore peut se reposer sur Ludovic mais on va aussi se rendre compte que l'inverse est aussi vrai.

Ce titre est en lice pour le prix Renaudot.

L'avis de Virginie et de Sabine 
Clara est nettement moins enthousiaste.

Citations
"Parfois on croit s'intéresser aux autres alors qu'on ne fait que s'en servir."

"On révèle beaucoup de soi dans la façon qu'on a de saisir les objets, chez lui on avait chaque fois la sensation d'un geste assuré,  la certitude que la prise était ferme. "

"Elle sentait que par moments on peut perdre la force d'être soi."

"Mais était-ce possible qu'un amour soit essentiellement dédié à cela, à aider l'autre, et aider l'autre est-ce déjà l'aimer, surtout lorsque ça ne marche que dans un seul sens? "

"Attendre l'autre c'est déjà partager quelque chose."

"Quitter c'est se redonner vie à soi, mais c'est aussi redonner vie à l'autre, quitter c'est redonner vie à plein de gens, c'est pour çà que les hommes en sont incapables, donner la vie est une chose qu'ils ne savent pas faire."


L'auteur

Né en 1961, Serge Joncour a exercé de nombreux métiers dont maître-nageur et publicitaire avant de devenir écrivain.
Il publie son premier roman, "Vu", en 1998 au Dilettante qui a obtenu le Prix France Télévisions en 2003.
En l'an 2005, il a reçu le Prix de l'Humour Noir Xavier Forneret pour son livre "L'Idole".
Il a écrit le scénario du film "Elle s'appelait Sarah", d'après le roman de Tatiana de Rosnay, avec Kristin Scott Thomas.
Il est enfin, avec Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Gérard Mordillat et bien d'autres artistes et écrivains, l’un des protagonistes de l'émission de radio Des Papous dans la tête de France Culture.



27ème participation au Challenge Rentrée Littéraire 2016
 

16 commentaires:

  1. Encore un avis qui fait envie sur le dernier Joncourt !

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  2. La presse a pas mal porté ce roman en août mais je le vois peu sur les blogs.

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    1. Je me suis faite la même réflexion que toi... bizarre... peut-être parce qu'il n'a pas été retenu pour les prix de la rentrée, erreur corrigée maintenant puisque le Renaudot l'a intégré dans sa deuxième sélection.

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  3. J'ai pris un réel plaisir à lire ce roman. Toutefois, sur le long terme, je ne sais pas s'il m'en restera une trace indélébile...

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    1. Il te restera le souvenir de Ludovic, j'en suis certaine...

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  4. Dès sa sortie , je voulais lire ce dernier Joncourt.Tu me confortes dans mon idée.

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  5. Je l'ai lu dès qu'il est sorti suite à un excellent article dans le magazine "Lire" qui n'en faisait que des éloges. Et ce fut un véritable coup de coeur pour un auteur dont je n'avais encore rien lu.

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    1. Je découvre aussi cet auteur avec ce titre, quel choc !

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  6. Je suis loin du coup de coeur, mon billet est en ligne aujourd'hui.

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    1. Les ressentis divergent sur ce livre... je rajoute un lien vers ton article pour contre balancer mon avis.

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  7. Et donc Joëlle rejoint la joyeuse bande des groupies de Ludovic... Décidément, il va falloir que je me décide à le découvrir moi aussi :-)

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    1. pas de souci Nicole on t'acceptera avec plaisir dans notre club de fans!

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  8. Malgré des avis plutôt enthousiastes, ce roman ne m'attire pas vraiment, j'ai été un peu déçue par "L'amour sans le faire". Je pense que je lirai plutôt "L'écrivain national" pour donner encore une chance à l'auteur.

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    1. Je n'ai lu aucun des deux pour l'instant mais ils me tentent bien tous les deux.

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