dimanche 12 février 2017

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel



 

Date de parution : janvier 2017 aux Editions de Minuit
Nombre de pages : 176

Dans ce roman le crime est exposé dès les premières pages et son auteur identifié. En effet le récit commence par une scène où Martial Kermeur jette à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec lors d'une sortie en bateau.

Déféré devant un jeune juge d'instruction, Kermeur raconte comment il en est arrivé là, l'ensemble du livre se passe en un huis-clos avec pour seul narrateur Kermeur, le juge n'intervenant qu'occasionnellement sauf à la fin.
Dans ce monologue-confession Kermeur retrace la succession d'évènements qui l'ont conduit à ce crime. Son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec.


Lazenec est un promoteur immobilier qui a débarqué six ans plus tôt dans ce coin de Bretagne, une presqu'île en face de Brest, de l’autre côté de la rade.
Dans cette région économiquement sinistrée où la fermeture de l'Arsenal de Brest a mis sur le carreau nombre d'ouvriers, dont Martial, l'arrivée de ce beau parleur avec ses projets pharaoniques de complexe immobilier apparait comme providentielle. Il veut transformer la presqu'île en station balnéaire de grand luxe.
Nombreux seront ceux qui lui feront confiance et lui confieront leurs économies. Martial ira jusqu'à investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer dans ce futur Saint-Tropez du Finistère.
Martial qui a joué toute sa vie au loto rêve de changer de vie. Mais Lazenec se révèle être un escroc...

Pas possible d'en dire plus...  Et surtout ne rien dire sur l'Article 353 du Code Pénal. Un conseil : n'allez pas voir sur quoi porte cet article...

J'ai aimé la très belle écriture de Tanguy Viel, son goût des détails, sa façon de décortiquer les relations humaines et familiales, sa façon de construire son récit. 

J'ai éprouvé beaucoup d'empathie pour le personnage de Martial, ouvrier floué qui cherche à expliquer au juge mais certainement à comprendre lui-même l'enchainement des faits qui l'ont mené à commettre l'irréparable. Comprendre
" la somme des omissions et renoncements et choses inaccomplies... la ligne droite des faits, c’était comme l’enchaînement de mauvaises réponses à un grand questionnaire."

J'ai aimé l'atmosphère faite de brume et de vent de cette région de la Bretagne que Tanguy Viel restitue à merveille. " La lumière si belle qui traverse la roche en fin d'après-midi, le calme des fougères qui ont l'air d'absorber toute la douleur du vent …, la brume qui va et vient devant le soleil pâle...". Le paysage a un rôle essentiel dans cette histoire et dans la construction des personnages.  Le climat social lié au déclin industriel est très bien restitué également.
L'intrigue est très bien construite, pleine de suspense, jusqu'à l'étonnant épilogue. 
En conclusion, un roman sur une mécanique qui conduit à l'irréparable que j'ai trouvé puissant, grave, dense, riche en tensions et plein d'humanité. Il se lit d'une traite et fournit de nombreuses pistes de réflexion sur la solitude, l'abus de confiance, l'injustice et la spirale infernale de l'échec. 


Citations
" On finit toujours par aimer qui nous aime."

" Un fils, il n'est pas programmé pour avoir pitié de vous."

" En un sens, la rade, c'est l'océan moins l'océan."

" Sûrement, ce genre de type, j'ai dit au juge, si on avait été dans un village de montagne ou bien dans une ville du Far West cent ans plus tôt, sûrement on l'aurait vu arriver, à pied peut-être franchir les portes de la ville, à cheval s'arrêter sur le seuil de la rue principale, en tout cas depuis le relais de poste ou le saloon, on n'aurait pas mis longtemps à comprendre à qui on avait affaire."


L'auteur

Tanguy Viel est né à Brest en 1973.
Il n'a que vingt-quatre ans lorsqu'il publie son premier roman, Le Black Note, et le ton est déjà posé : écriture ciselée et quasi-cinématographique pour personnages imparfaits, saluée franchement par la critique.

Suivront "Cinéma", et "l'Absolue perfection du crime", où il s'essaie à la forme littéraire du polar et pour lequel il reçoit le prix Fénéon, puis de nombreux romans dont les plus notables sont "Insoupçonnable" en 2006 puis "Paris-Brest" en 2009 et "La disparition de Jim Sullivan" en 2013.



9ème contribution au Challenge Rentrée Hiver 2017 organisé par Laure de MicMelo
 





12 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé aussi cette confession d'un homme, d'une parfaite lucidité, qui en dit long sur notre époque.

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    1. On partage les mêmes coups de coeur en ce moment on dirait Delphine! On n'arrive plus à les lâcher nos livres...
      En plus ma Bretagne natale est tellement bien décrite dans ce livre...

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  2. On commence à le voir pas mal ce livre, pour l'instant je n'ai lu que des bons avis.

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    1. Moi aussi je ne vois que des bons avis sur ce livre, il va peut-être être primé, ce serait mérité...

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  3. Ce roman semble faire l'unanimité ! Peut-être l'occasion de découvrir enfin l'auteur !

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    1. Je ne connaissais pas cet auteur et je suis touchée sous le charme de son écriture...

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  4. Excellent. Trop envie de le dévorer ��

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    1. Mon petit doigt m'a dit que tu viens de le recevoir...
      Bonne lecture!

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  5. J'ai beaucoup aimé ce roman également. La relation père -fils est belle, terrible. Et la fin tellement forte! Superbe

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    1. Oui tout est beau dans ce roman et tu as raison la fin est inoubliable !

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  6. Ahlala depuis que j'en entends parler !! :)

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    1. On en parle beaucoup c'est vrai mais il le mérite vraiment !

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