lundi 20 février 2017

Une femme au téléphone de Carole Fives





Date de parution : janvier 2017 chez Gallimard
Nombre de pages : 98

Charlène, 62 ans, se sent très seule et harcèle sa fille au téléphone. Le livre est constitué de ses propos et des innombrables messages qu'elle lui laisse en rafale sur son répondeur sans jamais que les réponses de sa fille ne soient citées.

Pathétique, culpabilisante à l'envie, "Une mère, on n'en a qu'une, vous devriez en profiter", jouant  sur la corde sensible quand elle est soignée pour un cancer, on découvre au bout de quelques pages qu'elle est bipolaire.
C'est donc de l'hôpital où elle est soignée pour son cancer, de l'hôpital psychiatrique où elle est soignée pour sa bipolarité qu'elle appelle sa fille. Lorsqu'elle est de retour chez elle, elle lui raconte avec de menus détails ses recherches sur les multiples sites de rencontre auxquels elle reste connectée des nuits entières et ne lui épargne aucune de ses histoires de sexe.

Lors de ces dialogues à sens unique Charlène accable ses enfants de reproches car ils ne s'occupent pas d'elle, ses enfants doivent lui être redevables "C'est aux enfants de s'occuper des parents après. C'est le grand cycle de la vie : ce qu'on a fait pour vous, il faut le rendre.". Elle va jusqu'à exprimer sa jalousie envers ses petits enfants. En effet son fils a deux enfants "Tu préfères tes gosses, alors que ça fait à peine trois ans qu'ils sont sur terre? Tes gosses, des étrangers."

Monstre d'égocentrisme, toxique, Charlène est surtout une femme qui a un besoin maladif qu'on s'occupe d'elle, un besoin d'être aimée, une vraie mère-enfant...
Tout cela est raconté avec humour et  justesse. Tour à tour, Charlène agace puis attendrit car c'est une mère à la fois envahissante et touchante.  Une mère qui manie à merveille le chantage affectif "La vie passe et bientôt je serai morte. Tu te diras "ma pauvre maman,  elle avait raison,  et dire que maintenant, elle n'est plus là. ""

" Tu me parles comme si TU étais ma mère. N'inverse pas les rôles. 
C'est MOI, ta mère. Toi tu n'es que la fille ".

En ne citant pas les réponses de la fille de Charlène, Carole Fives nous permet  de nous identifier à elle, imaginant ses réponses, ses réactions aux propos excessifs de sa mère.

Cet étonnant monologue d'une mère bourré d'énergie doit être prochainement adapté au théâtre.
J'ai trouvé ce très court roman à la fois drôle et bouleversant, j'ai aimé son style très vif. Il parle d'une manière très originale de solitude, de vieillissement, d'emprise maternelle et interroge sur les relations parents-enfants. Un exemple intéressant de chantage affectif et de manipulation. Un bel exercice de style pour ce récit qui trotte dans la tête longtemps après l'avoir terminé...

Ce roman figure parmi les 5 finalistes du Grand Prix RTL-Lire. 


Citations 
"Çà t'apprendra à attendre quarante ans pour faire un gosse,  nous on ne peut plus suivre, imagine, j'ai presque soixante-quatre ans. Tu as les grands-parents que tes ovaires méritent"

"On préfère aller imaginer des choses qu'accepter avoir été mis de côté. On préfère penser qu'il y a eu des attouchements plutôt que rien."


L'auteur
Carole Fives est née en 1971, c'est une écrivaine-portraitiste-vidéaste, chroniqueuse d’art, plasticienne.
Elle a commencé à écrire pour expliquer son travail de peintre et depuis elle n’a plus arrêté.
Carole Fives vit à Lyon et partage son temps entre les arts plastiques et la littérature.

13ème contribution au Challenge Rentrée Hiver 2017 organisé par Laure de MicMelo
 



8 commentaires:

  1. C'est le deuxième avis positif que je lis, j'avais lu C'est dimanche et je n'y suis pour rien avec plaisir mais je n'en ai pas de souvenirs.

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    1. Je n'avais encore rien lu de cette auteure mais elle me plait bien !

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  2. Je lui tourne autour depuis un petit moment ! ;-)

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    1. N'hésite plus... En plus il se lit très très vite...

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  3. Je me rappelle le passage de l'écrivaine à la GL pour son précédent roman, elle m'a fait bonne impression mais je n'ai pas encore trouvé le temps de lire un de ses romans.

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    1. Celui-là se lit en à peine plus d'une heure... et il continue à trotter dans la tête longtemps après l'avoir refermé...

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  4. Merci de tout coeur, Joelle, de cette lecture au plus juste de ce roman téléphonique !

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    1. Merci à vous Carole pour ce magnifique roman, je vais maintenant partir à la découverte de vos précédents romans...

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