dimanche 27 août 2017

Sa mère de Saphia Azzeddine

Date de parution : 23 août 2017 chez Stock
Nombre de pages : 240 

Marie-Adélaïde, 28 ans, est caissière à la Miche Dorée. Née sous X, elle qualifie sa vie de pourrie. Bien qu'elle se défende de fantasmer sur sa mère biologique, elle pense qu'elle vient d'une famille bourgeoise car, selon elle, les pauvres n'abandonnent pas leurs enfants "Ce sont les bourgeois qui se débarrassent des mauvaises branches."

Elle dit d'abord n'avoir jamais cherché à consulter son dossier "Je préfère vivre mal qu'aller implorer de l'amour auprès d'une femme qui me l'a refusé quand j'en avais le plus besoin" mais avoue ensuite, qu'à 18 ans, elle a entrepris des recherches qui l'ont confrontée aux multiples X de son dossier sans rien lui apprendre de plus. 
La jeune femme fait comme si tout cela lui importait peu mais en réalité elle est rongée par des quantités de questions. Écorchée vive, la rage chevillée au corps, habitée par la colère et le sentiment de ne pas être légitime, Marie-Adélaïde en veut à sa mère tout en éprouvant de la culpabilité d'avoir été abandonnée. Elle rejette ceux qui l'entourent comme elle a été rejetée elle-même et les juge selon leur appartenance sociale sans chercher à les connaître vraiment.

Par hasard, Marie-Adélaïde devient la baby-sitter des enfants d'une bourgeoise qu'elle dénomme la Sublime et, à la faveur de quelques autres hasards, elle part à la recherche de sa mère. Une recherche qui va lui permettre de changer son regard, de s'adoucir...

Le thème de la quête d'une mère de la part d'une enfant née sous X est assez convenu mais j'ai trouvé l'approche de Saphia Azzeddine assez originale. Situer Marie-Adélaïde et sa mère dans deux milieux diamétralement opposés lui fournit l'occasion de confronter deux mondes, celui des bourgeois bien français et celui des pauvres immigrés. Elle nous livre des propos bien tranchés sur les pauvres, les bourgeois, les diners mondains, les politiciens, la religion... Les parents en mal d'enfant, les familles d'accueil ne sont pas épargnés non plus...  J’ai vu ce roman comme une sorte de satire sociale douce-amère dans laquelle l’auteure n'épargne personne mais malheureusement frôle parfois la caricature.
J’ai aimé l’émouvante confession de la mère à la fin mais j’ai été déçue que le récit se termine sur de multiples invraisemblances…
Des réflexions très fortes sur le manque de mère et sur le diktat des apparences, une plume vive et alerte, une narration fluide avec quelques passages surprenants sans transition avec ce qui précède, un humour grinçant frôlant le cynisme font la force de ce roman qui me laisse cependant sur un avis plus que mitigé.

Framboise est enthousiaste, Eva beaucoup moins.

Merci à NetGalley et aux éditions Stock pour cette lecture en avant-première.








Citations
"Voir le verre à moitié plein, apprendre à ne plus être malheureux avant d'essayer d'être heureux"

"Une mère soulage le quotidien de son enfant en se mettant à sa place, toujours, tout le temps."

"Une mère, une bonne mère ne fait pas tout bien, elle fait plein de conneries, nous refile ses névroses et ses anévrismes, ses varices et ses pieds déformés mais elle laisse toujours la porte pas totalement fermée."


L'auteure 
Saphia Azzeddine, qui est née au Maroc en 1979 et a grandi à Ferney-Voltaire, est une romancière franco-marocaine. Elle est également scénariste, actrice et réalisatrice.
"Confidences à Allah", son premier roman publié en 2008, dont l’adaptation théâtrale a triomphé au festival d’Avignon et à Paris, l'a d'emblée imposée comme une des voix les plus singulières de sa génération. Son film "Mon père est femme de ménage", tiré de son propre roman, reçoit le prix du public Europe 1 lors du Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez en 2011.




6ème participation au Challenge Rentrée Littéraire 2017





6 commentaires:

  1. Je comprends ... Sans doute pas son meilleur, et pourtant malgré ce dénouement un peu trop "fabriqué" me suis régalée ! Je crois que je n'ai aucune objectivité avec cette auteure ;-)

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    1. Je te comprends aussi car moi aussi quand j'aime un auteur...

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  2. Tu me sembles quand même plus indulgente qu'Eva. Toutefois, des critiques invitent plutôt à se tourner vers d'autres livres (pourtant, j'avais beaucoup aimé Bilqiss).

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    1. Je suis plus gentille qu'Eva !!! Je n'avais pas lu Bilqiss dont j'avais lu beaucoup de bien, il faudra que je le lise un jour...

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  3. C'est le 1er roman que j'ai lu de cette auteure et j'ai beaucoup aimé "Sa mère ". Maman de deux petites filles, c'est un thème qui me tient à cœur. J'ai découvert Saphia Azzeddine récemment dans " On n'est pas couchés". Je pense que je vais maintenant me tourner vers ses romans précédents

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    1. Merci pour votre passage sur mon blog.
      Ce livre m'a laissé quant à moi sur un avis mitigé, pas désagréable à lire mais deux mois après sa lecture il ne m'en reste pas grand chose...
      Je pense aussi aller à la découverte de son précédent roman Bilqiss

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